Thiaroye et Mbour: Des pêcheurs atteints d’irritations cutanées mystérieuses

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 A Thiaroye, 305 pêcheurs cloués à terre

 Une irritation cutanée a entrainé l’hospitalisation de 305 pêcheurs originaires de plusieurs localités du Sénégal. Tous les malades ont été en activité à quelque 15 km du rivage. Les causes de ces irritations restent pour le moment indéterminées.

Des enfants jouent devant le district sanitaire de Thiaroye Sur Mer, malgré la forte canicule de l’après-midi, du 18 novembre 2020. L’ambiance est bon enfant à l’extérieur. À l’intérieur, l’atmosphère est lourde. Les regards sont braqués sur des groupes au visage et aux mains perlés de furoncles. Les rares femmes qui faisaient la queue dégageaient de la compassion. Les cas les moins graves sont dans un coin de la structure de santé. Ils échangent entre eux. D’autres passent des coups de fil. Les enflures et rougeurs sur leur peau donnent des frissons. Dans les couloirs, on découvre des patients qui ne tiennent presque pas.

Les pieds, les mains, les parties les touchées…

Devant les toilettes, un autre jeune, les pieds et les mains piquetés de gros boutons se met à l’abri des regards. Son visage est fixé sur le sol.  Il secoue, par moment, son corps et bat timidement les paupières. Ces signes sont révélateurs de son état d’éveil. « Je suis en train de guérir suite à une injection que j’ai reçue avant-hier. Depuis ce matin, je me sens mieux après trois durs jours d’intenses douleurs », confesse Modou Paye.  Se dirigeant vers les toilettes, Samba (nom d’emprunt) titube. Il écarte les jambes et avance en titubant. Les cuisses s’éloignent l’une de l’autre.  « Tous ceux qui sont en Djellaba et qui marchent doucement souffrent du même problème », souffle un autre pêcheur. Tous ont enfilé des boubous amples pour réduire les contacts avec les irritations.

Thiaroye sur Mer, lieu de débarquement

À côté de lui, son collègue originaire de Saint-Louis peine à ouvrir la bouche, le coin des lèvres couvert de sortes de brûlures. « J’ai l’habitude de me débarbouiller le visage avec l’eau de mer lorsque je suis en mer », marmonne-t-il. Selon les témoignages, les parties du corps souvent en contact avec la mer sont les plus touchées. « Étant capitaine de la pirogue, mes six autres collègues sont tous infectés à l’exception de celui qui se maintenait devant et qui n’était pas en contact avec l’eau de mer », révèle Tapha Ndir.

Depuis une semaine, lui et d’autres personnes ne sont pas retournés en mer. Leur désarroi s’exprime par des larmes de douleur sortant des yeux gonflés. Ils n’ont plus la force de se gratter, les doigts font mal. En effet, l’infection donne des sensations de brûlures aux bouts des doigts.

La majeure partie de ces pêcheurs ne sont pas originaires de Thiaroye sur Mer. Ils ont débarqué sur les lieux et pour certains quatre jours après, les premiers boutons sont apparus accompagnés de fièvre.

Tous ont été en mer

« Lorsque les démangeaisons ont commencé, j’ai pensé au « Ndoxum Sitti ». À force de les gratter, j’ai eu des abcès, puis à chaque réveil, une nouvelle manifestation. J’ai alors décidé d’aller à l’hôpital. J’ai été surpris de constater que non seulement tous les membres de mon équipage étaient infectés, mais d’autres pêcheurs également sont touchés », raconte un pêcheur sous le sceau de l’anonymat, un pêcheur venu de Loumpoul. Ils ont tous été en mer. De retour sur la terre ferme pour débarquer, les manifestations ont commencé. L’origine de la maladie n’est pas encore déterminée. Mais certains pointent du doigt la pollution marine.

« Les pêcheurs viennent de Loumpoul, Saint-Louis et Fass Boye. Durant notre visite, mardi, plus de 50 cas ont été dénombrés et pris en charge. Des prélèvements sont faits. En attendant les résultats, nous ne pouvons encore déterminer la cause », révèle, au téléphone, une source qui aimerait taire son identité au sein du ministère de la Pêche et de l’Économie maritime.

305 cas dénombrés

Moustapha Diop est le président de l’Union nationale des pêcheurs artisanaux du Sénégal (Unapas). Il est le premier à avoir lancé l’alerte. Suite à la récurrence des cas présentant les mêmes symptômes, il a saisi les autorités concernées, notamment les ministères de la Pêche et celui de la Santé. Il a dressé l’inventaire des cas entre mardi et mercredi avant de le remettre aux autorités. « Au total, 305 cas, avec plus de 150 cas ont été décomptés en 24h. Le rythme est effréné », dit-il.

Par ailleurs, suite à la visite du gouverneur de la région de Dakar à Thiaroye sur Mer, il est interdit aux pêcheurs d’aller en mer durant les trois prochains jours.

Diéry DIAGNE


Des cas signalés à Mbour et Ndayane

La Petite-Côte n’est pas épargnée par la maladie dont les victimes montrent plusieurs symptômes sur la peau. Même si la nouvelle n’est pas répandue au port de pêche de Mbour, le président du Comité local de pêche artisanale (Clpa) a confirmé la présence de cas dans la ville mais aussi, à Popenguine Ndayane. Il a annoncé des actions pour une sensibilisation des acteurs.

Une maladie se manifestant par des boutons sur la peau installe la psychose dans les zones de pêche. Mais à Mbour, il est difficile voire impossible de mettre la main sur quelqu’un qui en sait un peu plus. Au port de pêche de Mbour, le mouvement des acteurs est  intense en ces temps ensoleillés où la chaleur de la journée est en quelque sorte atténuée par la brise marine. Au quai, des piroguiers s’attèlent aux derniers réglages avant de prendre le large. Pendant ce temps, d’autres déchargent leurs cargaisons que s’empressent de prendre d’assaut des femmes pour la vente du produit.

Devant sa pirogue que des ouvriers s’activent à remplir de glace déchargée d’une charrette, de carburant convoyé par un pousse-pousse et autres intrants pour un séjour en mer qui doit durer « entre huit et dix jours », un pêcheur dit n’avoir aucune nouvelle de la maladie. Évasif sur d’éventuelles causes de cette maladie, il affirme n’être au courant de rien. Tout comme ses camarades qui ont fini de former un petit groupe pour venir aux nouvelles. Tous disent n’être pas au courant.

Mais la confirmation de l’existence de la maladie et de cas dans la Petite-Côte est venue des responsables des pêcheurs. Ndiaga Cissé, président du Comité local de pêche artisanale (Clpa) de Mbour confirme la présence de la maladie dans la localité. « Depuis la semaine dernière, nous avons des cas dans la commune de Mbour et dans le département, précisément à Ndayane ». Deux localités qui enregistrent respectivement trois et quatre cas pour un total de sept. M. Cissé affirme participer à une rencontre du Réseau national des Clpa à Ngaparou où ils discutent de la gestion des petits pélagiques. Mais le phénomène fait nécessairement partie des sujets abordés en divers. Même si les causes de la maladie qui affecte la peau des victimes ne sont pas encore établies, il renseigne que les gens « parlent d’un navire croisé en mer aurait déversé des liquides chimiques. Mais ce qu’on a constaté, c’est que les pêcheurs touchés sont ceux qui utilisent les filets, en particulier les mono-filaments et pas les ligneurs ». Même si ces informations ne sont pas encore suffisantes, M. Cissé souligne qu’il faut sensibiliser les pêcheurs à prendre leurs précautions. « La gendarmerie de l’Environnement nous a instruit de descendre sur les plages et de sensibiliser les acteurs pour qu’ils puissent prendre des précautions afin d’éviter la contamination. On avait demandé aux victimes de se rendre chez les sapeurs-pompiers pour les diagnostics afin de savoir plus sur les causes. Ils sont par la suite rentrés chez eux », a-t-il renseigné. Il a aussi affirmé que le soin est donné aux autorités médicales de faire des prélèvements en mer afin de les analyser. « Ce qui nous édifiera sur le phénomène, si l’on est pollué ou si c’est le fond marin ou encore, s’il s’agit d’une contamination de l’eau en surface », a-t-il affirmé. Il estime qu’il faut agir vite afin d’éviter un problème de santé publique qui pourrait affecter la ressource, mais également les exportateurs de poisson vers l’Europe.

Ousseynou POUYE

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