La liste de la République en marche! entre colère, couacs et scepticisme

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May 10, 2017 - Paris, France: President elect Emmanuel Macron attends a ceremony to mark the anniversary of the abolition of slavery and to pay tribute to the victims of the slave trade at the Jardins du Luxembourg. (David Niviere/Polaris) © PHOTO NEWS / PICTURES NOT INCLUDED IN THE CONTRACTS ! only BELGIUM ! *** local caption *** 05840731

La liste des 428 candidats de la République en marche! pour les élections législatives de juin prochain a été présentée jeudi soir. Si les Français semblent afficher une certaine satisfaction au regard des nouveaux visages promis par le mouvement du président élu, cette liste n’a pas recueilli l’adhésion de tous. François Bayrou, soutien de campagne d’Emmanuel Macron, a exprimé sa colère face à une “promesse non tenue”, tandis que plusieurs couacs sont survenus, dont la publication de noms erronés. La presse, de son côté, salue le renouveau, mais se montre sceptique à l’égard du manque d’expérience de nombreux candidats.

Selon un sondage réalisé en ligne le 11 mai, 76% des 1.017 personnes interrogées estiment que le choix de la liste des 428 candidats aux élections législatives, dont la moitié sont des femmes et dont 52% n’ont jamais exercé de mandats électifs, est une “plutôt une bonne chose” (92% parmi les électeurs d’Emmanuel Macron). Un accueil positif loin d’être partagé par certains alliés d’Emmanuel Macron ou certains observateurs. Entre déception, craintes et couacs, retour sur les premières heures difficiles de la première liste de la République en marche!.

François Bayrou a déclaré qu’Emmanuel Macron n’avait pas tenu sa promesse à l’égard du MoDem. © getty.
La colère de Bayrou:
Fâché, le François. Le président du MoDem est apparu remonté après avoir découvert jeudi la liste des candidats investis par La République en marche! pour les législatives de juin prochain. Sur les 428 noms dévoilés, on ne compte qu’à peine 35 candidats du MoDem, alors que 120 lui étaient promis, dénonçait-il dans l’Obs jeudi soir.

Selon lui, l’accord passé avec le mouvement du président élu était clair: un quart des circonscriptions pour le MoDem, les trois autres quarts pour la République en marche. Un rapport qu’il justifie par son poids électoral apporté durant la campagne, en rappelant qu’Emmanuel Macron était à 18% d’intentions de vote au moment de sceller leur alliance. Bayrou est donc fâché, car il s’estime lésé.

Sa colère ne faiblit pas après avoir remarqué que plusieurs candidats “repoussoirs”, selon ses termes, du Parti socialiste ont été investis. Une liste qui n’a pas “l’assentiment” de son parti, a ajouté le maire de Pau. “C’est une opération recyclage du Parti socialiste. La grande lessiveuse. Je ne laisserai pas faire ça”, a-t-il déclaré à l’Obs en ajoutant qu’il a convoqué à ce propos un bureau politique du MoDem vendredi soir.

Jean-Paul Delevoye, le Président de la Commission d’investiture de la République en marche!. © afp.
Cafouillage
La publication de la liste des candidats s’est faite dans la confusion. Pas moins de 19 noms ont été ajoutés, enlevés ou remplacés ce jeudi après que Richard Ferrand, secrétaire général d’En Marche!, a présenté la liste des 428 premiers candidats. Un premier couac, car plusieurs noms se sont révélés faux.

“Plusieurs erreurs matérielles – dues à des fusions de fichiers – étaient présentes dans le premier envoi”, a convenu le parti du président élu qui a précisé avoir “commis une erreur sur trois ou quatre noms” dans la liste des 428 candidats investis aux législatives de juin, publiée dans l’après-midi dans la foulée de sa conférence de presse.

Au total, huit noms ont été ajoutés, dix enlevés et un candidat remplacé par une autre (Augustin Augier cède la place à la sénatrice Leila Aichi dans la 9e circonscription des Français de l’étranger). Parmi les personnes présentent par erreur figure Mourad Boudjellal, président du Rugby club toulonnais. Ce dernier n’a pas été investi candidat aux élections législatives dans la première circonscription du Var, contrairement à ce qui avait été annoncé. L’homme d’affaires de 56 ans, qui a fait fortune dans la bande dessinée, a annoncé être “sensible à la proposition” mais que ce n’était “pas (son) ambition” et qu’en sa qualité de “président de club sportif”, il “ne peut pas être candidat aux législatives”.

De son côté, le député PRG du Pas-de-Calais, Stéphane Saint-André, a décliné l’investiture après un “échange” avec le responsable de la commission d’investiture Jean-Paul Delevoye. Le député PS sortant François Pupponi, censé avoir l’investiture de La République en marche! dans la 8e circonscription du Val d’Oise, avait confirmé lui aussi une information qui circulait déjà sur les réseaux sociaux: non, il n’avait pas sollicité l’investiture, ni jamais “adhéré à ce mouvement.

Condamnation
Le cas de Thierry Robert est plus problématique. Le député sortant du MoDem de La Réunion, avait déclaré avoir un casier judiciaire vierge. Or, il avait été condamné pour diffamation, peine confirmée en juin 2016. Ce jugement figure sur son casier judiciaire comme l’a confirmé son ancien avocat à l’Express. Un élément qui contrevient à l’une des principales règles édictées par La République en marche!. Son nom a finalement été rayé de la liste.

Stéphane Saint-André on Twitter

COMMUNIQUE DE PRESSE Après un échange cet après-midi avec Jean-Paul Delevoye, j’ai décliné l’investiture par la… https://t.co/RevhZRSEVJ

Alex Sulzer on Twitter

En réponse à L’Express, Thierry Robert indique qu’il a un “casier judiciaire vierge”. Pr En Marche, son investiture est bien une “erreur”.

Mourad Boudjellal (D), président du Rugby club toulonnais, n’a pas été investi candidat aux élections législatives dans la première circonscription du Var, contrairement à ce qui avait été annoncé. © afp.
Félicitations et scepticisme
La presse française dans son ensemble a salué le “renouveau indiscutable” incarné par la liste des 428 candidats de la République en marche! pour les législatives, dont 52% viennent de la société civile. Entendez par là: sans expérience politique préalable.

“Une moitié de candidats sans passé d’élu, une moitié de femmes, un éventail professionnel plutôt large, quelques têtes, le renouveau est indiscutable”, reconnaît Laurent Joffrin, dans Libération. Un vent de fraîcheur, “avec une moyenne d’âge de 46 ans”, toutefois nuancé par le manque d’expérience. Cette liste représente “un premier contingent (…) sans véritable expérience du combat électoral”, relève aussi Jean-Michel Servant du Midi Libre.

“Un pari risqué pour Emmanuel Macron qui, en cas de victoire à l’Assemblée, aura à gérer une majorité disparate, pas vraiment aguerrie aux duretés de la politique. Le côté amateur pourrait alors vite éclipser la fraîcheur des nouveaux élus”, conclut l’éditorialiste.

Europe 1 on Twitter

Le critère qui manque à Manuel Valls pour être investi #EnMarche @delevoye #E1Matin https://t.co/uBdDnVh2Zv

Valls en marge
L’ancien Premier ministre est devenu un véritable poil à gratter pour Emmanuel Macron. Durant la campagne, il avait salué du bout des lèvres le ralliement de Valls à sa candidature, tout en précisant vouloir être “le garant du renouvellement des visages, du renouvellement des pratiques”. Une façon de prendre ses distances à l’égard d’un rapprochement encombrant.

Visiblement, le message n’est pas très bien passé du côté de l’ancien maire d’Evry. Mardi, deux jours avant la publication de la liste des candidats de la République en marche!, il annonce au micro de RTL France vouloir briguer l’investiture du mouvement d’Emmanuel Macron. Le camp de la République en marche! peine à cacher sa réticence, se retranchant derrière les règles (strictes) d’admission.

“Il n’est pas dans les critères (d’admission)”, “il n’est pas opportun pour le mouvement d’intégrer sa candidature”, entend-on dans le camp Macron. Une sorte de “Merci, mais non merci” qui complique la position de Manuel Valls, sous le coup d’une procédure d’expulsion du Parti socialiste. “Je ne veux pas peser sur la commission des conflits, elle va prendre sa décision en toute indépendance mais force est de constater qu’il ne facilite pas le boulot” disait mercredi le patron du parti Jean-Christophe Cambadélis.

Au final, En Marche! trouvera la parade: Valls n’est pas investi, mais aucun candidat EM ne se présentera contre lui dans sa circonscription de l’Essonne. “J’ai pris connaissance du choix d’En Marche! pour la première circonscription de l’Essonne. Je salue cette décision. C’est donc en homme libre mais fort d’une identité politique claire, revendiquée, assumée – républicain, progressiste, de gauche – que j’agis”, dira l’ex-Premier ministre, qui sauve les apparences. Manuel est content, mais marche seul.

Manuel Valls on Twitter

Ma déclaration suite à la décision d’En Marche concernant la première circonscription de l’Essonne.

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