Comment le transport maritime peut-il réduire son impact écologique ?

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Très mauvais élève en matière d’écologie, le transport maritime traine à prendre des mesures et avait même été exclu de l’accord de Paris, en 2015. Des prototypes de cargos à voile existent déjà et sont prometteurs, mais ils ne représentent pas vraiment la trajectoire du secteur en matière de transition écologique. Pour l’instant, les mesures prises restent minimes et n’ont que peu d’effets.

DÉCRYPTAGE

 

Le cargo à voiles “Grain de Sail” a bouclé mercredi soir sa première transatlantique après quatre mois de voyage. Parti de Saint-Malo avec 15.000 bouteilles de vin bio français, le bateau est revenu à Nantes avec 33 tonnes de cacao. “On peut monter à 650 mètres carré de voile”, explique le capitaine Loïc Briand, en faisant la visite du navire. “Grain de Sail” peut enregistrer des pointes à 22 nœuds, soit 40 km/h et passer des vagues de 15 mètres. Avec ses 24 mètres de long, il est aussi capable de transporter 50 tonnes de marchandises.

La traversée de l’Atlantique avec 40 litres de gasoil

Les tonnes de cacao, qui attendent dans la cale d’être déchargées, sont destinées à faire des tablettes de chocolat, avec l’objectif de montrer que le transport à la voile n’engendre pas de surcout démesuré par rapport aux cargos à moteur, et surtout qu’il est bien moins polluant. “Le surcout est de 10 centimes par tablette, et une tablette transportée à la voile va émettre dix fois moins de CO2. A l’aller, entre Saint-Malo et New York, on a consommé 40 litres de gasoil”, expose Loïc Briand au micro d’Europe 1.

Avant d’arriver aux Caraïbes, le cargo à voile a fait une première escale à New York. Lors de la traversée, il a d’ailleurs croisé la route du skipper Alain Roura alors en plein Vendée Globe. Loïc Briand a pu échanger avec lui par radio : “il était assez surpris de nous voir. Il ne pensait pas qu’un bateau de 90 tonnes pouvait avoir cette vitesse-là”, raconte le capitaine de “Grain de Sail”, qui reprendra le large début avril.

Plusieurs prototypes présentés à Saint-Nazaire

L’arrivée de ces bateaux à voile XXL, non pas destinés à la plaisance ou à la course au large mais bien au transport maritime, est une bonne nouvelle. Plusieurs prototypes de voiliers cargo voient le jour et notamment à Saint-Nazaire où les chantiers navals se sont penchés sur la question de l’impact environnemental.

Dans le prototype présenté cette semaine par le projet “Solid Sail”, la traditionnelle voile a été ressuscitée, mais elle a beaucoup changé. Le tissu est remplacé par du composite, plus résistant et monté sur un immense mât. Le prototype de 40 mètres de haut doit être inauguré à Saint-Nazaire et sera suivi d’un second de 80 mètres, en 2022. Lui pourra supporter plus de 1.000 mètres carré de voilure, de quoi faire avancer des paquebots XXL et leurs milliers de croisiéristes sur les mers du globe.

Cette propulsion à voile commence également à séduire des multinationales œuvrant sur plusieurs continents comme Michelin qui a récemment conclu un accord avec Néo Line, une société nantaise pour utiliser son futur cargo à voile, lequel opérera entre Halifax, au Canada, et Saint-Nazaire. En 2022, la fusée Ariane sera acheminée en Guyane via la mer par un navire en cours de construction qui sera lui aussi poussé par le vent. Mais bien qu’encourageantes, ces avancées sont loin de représenter la trajectoire du secteur en matière de transition écologique.

Le transport maritime, dernier secteur à s’engager

Très mauvais élève, le transport maritime avait même été exclu de l’Accord de Paris, au même titre que l’aérien, en 2015. C’est aussi le dernier secteur à avoir pris des engagements climatiques, il y a seulement deux ans. S’ils sont assez ambitieux  – baisser de 40% les émissions de CO2 d’ici 2030, c’est leurs applications concrètes qui coincent. Quelques mesures ont été prises à l’automne dernier, mais elles sont tellement minimes qu’elles ne vont même pas permettre de réduire l’impact carbone. Au contraire, le secteur maritime va voir ses émissions bondir de 14% dans les dix prochaines années.

Une taxe sur le fioul est envisagée

Certes, le transport maritime ne représente que 3% des émissions mondiales, en assurant le transport d’environ 80% des marchandises, mais le marché devrait doubler d’ici 2050. Il faut donc trouver des solutions rapidement. Une taxe sur le fioul est d’abord envisagée, avant d’utiliser des carburants moins polluants, comme l’hydrogène vert par exemple. La réduction de la vitesse des bateaux pourrait aussi être une des autres mesures.

Europe 1

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