Réinsertion socioprofessionnelle: quand les détenus «s’évadent» par le travail

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La lecture permet de s’évader, dit-on. Cet aphorisme peut être appliqué au travail pénitentiaire qu’exercent certains détenus des prisons sénégalaises. Grâce aux tâches rémunérées, ils parviennent, quelque peu, à oublier leur quotidien carcéral tout en se faisant de l’argent.
Emmitouflé dans une combinaison d’un bleu pâle, bonnet en laine sur la tête, Moussa G. (un nom d’emprunt) explique le b.a.-ba du métier à deux jeunes apprentis attentifs. Le chef-menuisier d’une cinquantaine d’années y va de ses explications avec la patience d’un passionné. Dans ce vaste atelier de menuiserie bois, en plus de l’expérience de Moussa, il y a tout le matériel qu’il faut pour que ses jeunes apprenants maîtrisent les rudiments de ce métier. « Une quarantaine de pensionnaires sont déjà passés entre mes mains », précise ce grand échalas au visage émacié.
Ici, le bric-à-brac côtoie des chefs-d’œuvre et renvoie à tout ce qu’il y a de plus banal comme atelier de menuiserie sous nos cieux. Sauf que cet endroit n’est pas exactement comme les autres. On est en plein cœur du Camp pénal de Liberté 6 à Dakar, autrement dit en prison. Moussa et ses deux apprentis sont tous des détenus. Ils bénéficient du programme de réinsertion socioprofessionnelle mise en œuvre par l’Administration pénitentiaire sénégalaise sur l’ensemble du territoire national.
Cette politique s’inscrit en droite ligne des deux principales missions de l’Administration pénitentiaire. La première consiste à garder et à surveiller la personne incarcérée jusqu’à sa sortie de prison, la seconde est de faciliter sa réinsertion sociale. Selon Mbaye Sarr, Inspecteur régional de l’administration pénitentiaire de Dakar (Irap), la réinsertion sociale a tout son sens dans la mesure où, au Sénégal, la fonction éliminatoire de la peine n’existe plus depuis 2004.
«Cela veut dire qu’au Sénégal, quelle que soit l’infraction qu’une personne commet, il peut, un jour, recouvrer la liberté. Nous avons très tôt compris qu’il faut les accueillir dans la société dans des conditions meilleures qu’ils ne l’étaient avant leur incarcération. C’est cela qui donne à la réinsertion sociale tout son sens», dit-il.
Rendre à la société des citoyens meilleurs
La réinsertion socioprofessionnelle des détenus recouvre beaucoup d’aspects. On y trouve des activités sportives, culturelles, religieuses…, sans oublier qu’un service socio-éducatif fait de la médiation entre le détenu et sa famille. Mais l’aspect le plus important, de l’avis de l’Inspecteur Sarr, c’est la formation professionnelle, c’est-à-dire le travail pénitentiaire. « Aujourd’hui, nous faisons de l’élevage, de l’agriculture, de l’aviculture, de la pisciculture sur l’étendue du territoire national », dit-il.
Mais de toutes les prisons sénégalaises où se déroulent des activités de production, celle du Camp pénal de Liberté 6 sort carrément du lot. Ici, à côté de l’atelier de menuiserie bois où Moussa Guèye et ses deux apprentis travaillent quotidiennement de 8h à 17 heures, il en existe d’autres où des détenus s’épanouissent par le travail. Il s’agit d’un atelier de couture moderne d’une capacité de 60 machines, d’un atelier de sérigraphie et d’infographie, d’un atelier de menuiserie métallique, d’un atelier de tapisserie, d’une boulangerie, en plus de la galerie où sont exposés tous les produits réalisés et destinés à la vente.
Être choisi pour travailler dans ces ateliers est une véritable aubaine pour les détenus pour au moins deux raisons : s’occuper à quelque chose dans la prison et se faire un peu d’argent. « Le travail pénitentiaire m’éloigne de l’oisiveté. Il m’arrive même d’oublier que je suis en prison. Et si aujourd’hui mon ménage n’a pas volé en éclats, c’est grâce à l’argent que je gagne ici. J’en envoie tous les mois à ma femme et à mes enfants », confie Moussa G., en prison depuis 2015 et à qui il reste quatre ans à purger.
Camp pénal de Liberté 6, un véritable centre des métiers
Le cœur du travail pénitentiaire du Camp Pénal de Liberté bat véritablement à l’endroit appelé « la Cour des métiers ». Et comme son nom l’indique, c’est un vaste espace au milieu duquel se trouve un puit. À l’entrée, à droite, on distingue le poste de police sous l’ombre d’un grand arbre. À gauche, on a le réfectoire pour le personnel pénitentiaire qui jouxte le local dédié aux réparateurs de scooter, de téléphone et de ventilos. Un atelier de tapisserie ainsi qu’une galerie sont sur le même alignement. Au fond, un bâtiment flambant neuf d’un étage, peint en vert et blanc, trône et abrite les ateliers de sérigraphie et d’infographie ainsi que la grande salle de confection.
Dans la « Cour des métiers », l’atmosphère est très détendue, loin de la représentation populaire que l’on se fait généralement des prisons : un maton acariâtre tenant un bâton surveillant et un détenu apeuré. « L’ambiance est merveilleuse. Il y a la discipline et les pensionnaires ont l’amour du travail. Seule la tenue les distingue des agents pénitentiaires. On boit du thé ensemble », lance l’Adjudant Famara Badji, le chef de la cour.
À chaque corps de métier, une couleur de tenue dédiée. Par exemple, les tailleurs comme Ousmane Ndiaye s’habillent en bleu. Ce couturier de profession de 43 ans, condamné à une peine de 2 ans en novembre 2020, parvient à oublier tant soit peu son séjour carcéral grâce au travail pénitentiaire. « C’est un bon passe-temps pour moi. Cela m’aide beaucoup sur le plan psychologique. La pécule que je gagne est secondaire d’autant plus que ma famille, à l’extérieur, ne m’exige rien », explique-t-il.
Sortir de sa cellule tous les jours pour se consacrer au métier qu’il a toujours exercé, ce rituel quotidien est une sorte de thérapie pour Ibrahima Sagna, en tenue orange. Ce talentueux sculpteur de 46 ans, comme en attestent les fauteuils en charpente de cornes qu’il est en train de finaliser, « s’évade » par le travail. En partageant son savoir-faire avec cinq autres détenus, c’est une manière pour lui de ne pas perdre la main et de se faire en même temps un peu de sous. « Travailler en prison est une grosse opportunité qui ne se refuse pas. Sur le plan mental, c’est très réconfortant pour un prisonnier », dit-il.
Souleymane Seck, lui, il ne lui reste qu’un an avant de recouvrer la liberté. Le jeune homme de 28 ans, bien bâti, aura alors fait cinq ans en prison. Chauffeur de son état, son séjour carcéral lui aura permis d’avoir un deuxième métier : boulanger. Il fait partie des 18 pensionnaires du Camp pénal de Liberté 6 qui, chaque jour, fabriquent 6000 baguettes dont une partie est destinée aux autres établissements pénitentiaires de la capitale et l’autre partie exposée dans les rayons de la boutique de la Boulangerie de la réinsertion pour la clientèle civile. « J’ai été condamné en 2017. Un an après, on m’a formé au métier de la boulangerie. Je ne le regrette pas. Ce travail m’éloigne de certaines tentations en prison. En plus, une fois ma peine purgée, j’aurais le choix entre deux métiers », confie-t-il.

Une école pour mineurs en cours de construction au Fort-B

Tout comme au Camp pénal, des détenus de la Maison d’arrêt et de correction du Cap Manuel au Plateau ainsi que celle de Fort-B à Hann Maristes dédiée aux mineurs bénéficient de la politique de réinsertion socioprofessionnelle. Au Cap Manuel, il a été installé, à la faveur de la Covid-19, un centre pénitentiaire de formation industrielle qui fabrique des produits d’entretien (gel, javel, détergent, savon). À la prison des enfants, il a été créé un garage mécanique alors qu’une imprimerie est en cours d’installation. Toujours au Fort-B, l’Administration pénitentiaire est en train de construire une école qui devrait être fonctionnelle à la prochaine rentrée scolaire, informe l’Inspecteur Mbaye Sarr. « La réinsertion a un aussi un aspect éducation qui est obligatoire pour les mineurs. Cette école d’enseignement général va nous permettre de traduire en acte la volonté des pouvoirs publics de matérialiser l’éducation pour tous. Elle sera placée sous le ressort de l’Inspection d’académie de Dakar. Nous aurons donc des enseignants de métiers qui y seront affectés, toutes les procédures et les démarches administratives sont en cours d’exécution », précise l’Inspecteur régional de l’administration pénitentiaire.

« Le travail pénitentiaire n’est pas du travail forcé »

 

Aucun détenu n’est obligé d’effectuer un travail pénitentiaire. L’Inspecteur Mbaye Sarr tient à faire cette précision. Ce qui veut dire que c’est loin d’être du travail forcé qui, révèle-t-il, même s’il est prononcé pour certaines peines, n’est pas appliqué au Sénégal. « Le travail pénitentiaire n’est pas un travail forcé. Le détenu consent à faire ce travail, on ne l’y oblige pas. C’est d’abord volontaire. Le travail pénitentiaire est à vocation de réinsertion, alors que le travail forcé est un élément de la peine et qui, d’ailleurs, n’est pas exécuté au Sénégal. On le prononce, mais il n’est pas mis en pratique », souligne-t-il. Pour le choix des détenus, des critères ont été mis en place étant donné que la population carcérale est largement supérieure aux postes de travail pourvus. Par exemple, explique Mbaye Sarr, le détenu qui exerçait à l’extérieur le même métier est privilégié. « Pour les sélections, on distribue des fiches pour recueillir les besoins en formation de chaque détenu. En fonction de cela, nous examinons le quantum de peine qui reste à purger. Si c’est une formation qui doit durer un an alors qu’il reste au détenu demandeur trois mois de peine, il n’est pas éligible », selon l’Irap. Donc les formations peuvent être assurées aussi bien par les pensionnaires qualifiés, par des agents pénitentiaires que par un personnel intervenant

37 prisons au Sénégal pour différentes typologies

Au Sénégal, on dénombre 37 prisons de différentes typologies : Maison d’Arrêt, Maison de Correction, Maison d’Arrêt et de Correction et Camp pénal. Les Maisons d’Arrêt sont au nombre de deux et reçoivent les détenus en attente de jugement ou bien les détenus jugés, mais condamnés à de petites peines (en principe, un mois au plus). Il s’agit de Rebeuss pour les hommes et Liberté 6 (à ne pas confondre avec le Camp Pénal auquel elle est contiguë) accueillant les femmes. Par contre, il n’y a qu’une Maison de Correction au Sénégal, à savoir la prison de Sébikhotane qui reçoit les condamnés de 1 mois à 1 an maximum. Quant aux Camps pénaux où l’on incarcère les condamnés d’un an à la perpétuité, on en dénombre deux : celui de Liberté 6 et celui de Koutal à Kaolack. Les 35 autres prisons restantes sont des établissements mixtes, c’est-à-dire des Maisons d’Arrêt et de Correction où l’on trouve donc des détenus en attente de jugement et des condamnés à de courtes peines.

 

JEAN BERTRAND BOCANDÉ, DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE

« La volonté d’humaniser l’espace carcéralest irréversible »

Moderniser et humaniser l’espace carcéral. C’est le maître mot de la politique du ministère de la Justice pour améliorer les conditions de détention des personnes privées de liberté au Sénégal. Avec une hausse régulière de l’indemnité d’entretien du détenu par jour, la réhabilitation et la construction d’établissements pénitentiaires, ainsi que l’érection d’un nouveau siège de la Direction de l’Administration pénitentiaire et d’une Ecole nationale de l’Administration pénitentiaire, la volonté de l’Etat de moderniser les prisons sénégalaises est irréversible, estime dans cet entretien, le Directeur de l’Administration pénitentiaire, le colonel Jean Bertrand Bocandé. 

Propos recueillis par Omar DIOUF (Texte) et Moussa SOW (Photos)

 

Monsieur le Directeur de l’Administration pénitentiaire, le Sénégal compte combien de détenus et de Maisons d’arrêt ou prisons en 2021 ? 

La Direction de l’Administration pénitentiaire rattachée au ministère de la Justice est chargée d’assurer la gestion et le fonctionnement des établissements pénitentiaires, d’assurer la surveillance des personnes qui y sont incarcérés et de favoriser leur réinsertion sociale. Elle a la responsabilité d’exécuter les décisions de justice prononçant une incarcération. A ce titre, elle dispose de 37 établissements pénitentiaires dont une maison d’arrêt (Rebeuss), deux camps pénaux (Camp pénal de liberté 6 et Koutal), une maison de correction àSébikotane et 32 maisons d’arrêt et de correction. Parmi ces établissements, 2 sont réservés exclusivement aux femmes, Liberté 6 et Rufisque, un est réservé aux malades (lepavillon spécial) et un est destiné aux mineurs, à Hann.

Les effectifs carcéraux à la date d’aujourd’hui s’élèvent à 11.315 détenus à la date du 23 mars 2021.

Où en est le programme de modernisation de ces lieux de détention ?

Le programme de modernisation de ces lieux de détention s’inscrit dans l’option irréversible faite par les autorités de l’Etat du Sénégal d’humaniser l’espace carcéral. De ce fait des efforts considérables sont dans ce sens régulièrement fournis pour par améliorer les conditions de détention des personnes privées de liberté, mais aussi celles de travail du personnel de surveillance. C’est pourquoi, en plus de la hausse régulière de l’indemnité d’entretien du détenu par jour qui est aujourd’hui de 1152 Fcfa contre 461 Fcfa en 2012, un programme de réhabilitation et de construction d’établissements pénitentiaires engagé est en cours ; ce qui a permis d’augmenter de manière significative la capacité d’accueil de ces établissements et soulager la surpopulation. Des chantiers déjà achevés et réceptionnés sont aujourd’hui bien occupés. Je peux citer le camp pénal de Koutal, les Maisons d’Arrêt et de correction (Mac) de Diourbel, Sébikotane, Bignona, Fatick, Mbour… 

Outre ces efforts, le vaste programme Infrastructures initié par la Chancellerie prévoit pour le compte de l’Administration pénitentiaire avec la construction de 9 prisons sur l’ensemble du pays, l’érection d’un nouveau siège de la Direction de l’Administration pénitentiaire et la construction d’école nationale de l’Administration pénitentiaire (Enap). 

Cette volonté de modernisation prend également en compte l’amélioration des conditions de travail et de vie sociale du personnel de l’administration pénitentiaire. Les textes sont finalisés, à propos de la loi portant statut du personnel de l’Administration pénitentiaire, le décret relatif à la direction générale de l’Administration pénitentiaire, le décret relatif au groupe d’intervention pénitentiaire, etc. 

L’ancien Observateur national des lieux de privation de liberté (Onlpl) déplorait les mauvaises conditions de vie des détenus dans les prisons sénégalaises, qu’il urge de désengorger. Qu’en est-il en 2021 ? 

Les efforts déployés sont reconnus par tous nos partenaires ; il faut avoir le courage de le dire. Il y a certes encore des efforts à faire, mais la situation des prisons connait une évolution positive. Il y a beaucoup moins de bruit autour des prisons. La prise en charge alimentaire et sanitaire est qualitativement relevée. En ce qui concerne le désengorgement des lieux de détention, plusieurs leviers sont activés pour y arriver. Sur le plan judiciaire, il faut relever une plus grande célérité dans le traitement des dossiers notamment en matière criminelle ou à la place des cours d’assises nous avons actuellement des chambres criminelles qui siègent en permanence. L’aménagement des peines joue également un rôle déterminant pour désengorger les prisons. Les arrêtés de libération conditionnelle régulièrement prises par la Chancellerie permettent à plusieurs condamnés de purger une partie de leur peine en milieu ouvert. A côté de cette mesure, les mesures de grâce accordées par le Président de la République à certaines catégories de détenus contribuent également au désengorgement des lieux de détention. Pour l’année 2020, 4585 détenus ont été graciés, contre 2201 en 2019. Avec l’introduction bracelet électronique le soulagement sera plus important.

Justement le Sénégal a décidé d’expérimenter les bracelets électroniques. Où en est le projet ?

Il faut d’abord dire que c’est instrument qui intègre et modifie le système pénal. Les lois 2000-38 et 2000-39 du 29 décembre 2020 modifiant le code pénal et le code de procédure pénale ont été adoptées pour intégrer le système de surveillance électronique. La procédure d’acquisition avance bien. Les bracelets électroniques sont déjà à Dakar. Actuellement les techniciens travaillent d’arrache-pied pour l’installation du système. Les personnels pénitentiaires chargés de la surveillance ont déjà subi deux sessions de familiarisation et formation sur le système de surveillance électronique. Ce qui est sur les premiers tests vont intervenir très bientôt, les semaines à venir. 

Qu’en-est-il de la politique de la réinsertion sociale, est-elle sérieusement prise en compte dans les lieux de détentions au Sénégal ?   

La préparation à la réinsertion sociale des détenus est une mission principale de l’Administration pénitentiaire au même titre que la mission de sécurité. Cette mission, exécutée dans les établissements pénitentiaires par les services socio-éducatifs, est aujourd’hui une réalité. Pour preuve dans toutes les prisons du Sénégal des activités sont organisées au profit des détenus. C’est le cas notamment des activités sportives, culturelles et religieuses. Le maintien des liens familiaux occupe aussi une place importante en matière de réinsertion des détenus. 

Donc aujourd’hui avec la situation d’accalmie de l’ordre public en milieu carcéral résultant des effets la dynamique d’humanisation de la vie carcérale impulsée par les autorités étatiques, la préparationde la réinsertion sociale prend une part plus importante dans les activités de l’Administration pénitentiaire. C’est tout le sens «l’atelier de sensibilisation et de partage sur la réinsertion sociale » organisé le 16 juillet 2019 consacrant une nouvelle approche qui se veut inclusive avec l’ensemble des acteurs et partenaires techniques. Notre ambition est de faire des lieux de détention de véritable centre de formation et de resocialisation, le détenu sera en mesure de contribuer au développement socio-économique de son pays.

La Direction de l’Administration pénitentiaire a fait l’option de s’engager dans des activités de réinsertion à haute intensité de main d’œuvre pour impliquer des effectifs plus importants. Le processus est déjà enclenché et se poursuit. Au Cap Manuel, nous avons installé un centre pénitentiaire de formation industrielle (Cpfi) qui fabrique les produits d’entretien comme la javel, le gel hydro alcoolique, le détergent etc. A la Mac de Hann, un garage mécanique y est construit pour assurer une formation professionnelle aux détenus. Une imprimerie et une école sont aussi en construction dans cet établissement pour une meilleure prise en charge de nos pensionnaires. Et très prochainement nous allons lancer les travaux de construction d’un atelier de menuiserie aluminium moderne toujours à la Mac de Hann. 

A Louga, nous avons une unité de production laitière à installer avec des vaches importées avec le concours de l’Association nationale pour l’intensification de la production laitière dont nous membres. Pour cette année nous allons également démarrer avec le concours de la Saed et de l’Isra l’exploitation agricole d’un verger de 50 hectares à Ross Béthio avec la main d’œuvre pénale.

A travers ces activités les détenus pourront seulement acquérir de nouvelles aptitudes mais également recevoir des revenus rémunérant leur travail parce qu’il ne s’agit point de travaux forcés. 

A propos de la torture, l’État du Sénégal prend-t-il des mesures efficaces pour que tous les détenus jouissent de toutes les garanties juridiques dès le début de la privation de liberté ?  

Le Sénégal est un état de droit et l’Administration pénitentiaire est consciente de ses obligations en ce qui concerne la gestion des personnes qui lui sont confiées notamment dans le domaine de la protection de leur intégrité physique. Aucun acte de maltraitance physique ou morale n’est accepté en milieu carcéral. Et à chaque fois que de telles allégations sont portées à notre connaissance des enquêtes sont menées pour attester de la véracité des faits ; et l’administration pénitentiaire n’est pas seule dans cet exercice. Les organisations et les associations de la société civile viennent aussi pour voir. Ce qu’il faut retenir est que l’agent pénitentiaire est le premier protecteur des droits humains des détenus. Sa formation initiale à l’Ecole nationale d’Administration pénitentiaire (Enap) de même que celle permanente durant toute sa carrière font de l’élément pénitentiaire un agent éminemment conscient de l’importance et de la sacralité de l’être humain. 

Qu’elles sont les relations de la Dap avec les organisations et associations de la société civile défendant les droits des détenus ?  

Nous avons des relations de partenariat mais chacun joue son rôle. La Dap a en charge la gestion des établissements pénitentiaires. L’Observateur nationale des lieux de privation de liberté (Onlp), qui est une autorité administrative indépendante a un rôle de contrôle de tous les lieux de privation de liberté ; et les associations comme l’Association pour le soutien et la réinsertion sociale des détenus (Asred) jouent un rôle d’alerte et sont très présentes sur le terrain. Elles sont nombreuses à nous visiter. Je peux citer le Cicr, Amnesty, la Raddho, le Csdh… L’essentiel pour nous c’est que chaque entité puisse apporter sa pierre à l’édifice dans le respect strict de la règlementation et en étroite collaboration avec l’institution pénitentiaire.

Comment l’Administration pénitentiaire a réussi à faire face à la Covid-19 dans les prisons ?

La gestion de la Covid-19 a été difficile pour tout le monde. Mais elle est encore beaucoup plus compliquée pour les prisons du fait de la spécificité du milieu carcéral qui est particulièrement vulnérable. Le mode d’enfermement non individualisé, la présence de détenus d’un âge avancé ou présentant des comorbidités rend difficile l’observation des mesures de distanciation. Partant de cela nous avons adopté une posture proactive et dynamique suivant l’évolution de la pandémie. C’est d’ailleurs conscient de notre vulnérabilité que des mesures fortes ont été prises dès les premières heures de la pandémie. Il fallait anticiper et éviter le contact entre la prison et l’extérieur. Ainsi nous avons suspendu d’abord les autorisations d’accès initialement accordées aux représentations diplomatiques, aux étudiants et partenaires qui fréquentaient l’institution. Il s’en est suivi la suspension des visites familiales et l’introduction des plats et colis venant de l’extérieur. À côté des mesures prises pour les détenus et les usagers du service public, il faut souligner des mesures plus fortes prises à l’endroit du personnel pénitentiaire que je félicite au passage pour sa détermination et haute conscience professionnelle. Ainsi dans le cadre du renforcement de la lutte, la consigne du personnel a été décidée sur l’ensemble du territoire national.

Sur le plan du respect des mesures barrières, aucun détail n’est laissé en rade. Le lavage systématique des mains ou l’utilisation de solution hydro alcoolique, le port obligatoire du masque pour tout le personnel et les détenus extraits et la désinfection et la désinsectisation régulière des dortoirs et des espaces communs. L’Administration pénitentiaire a connu des cas de contamination lors de la première vague à Thiès, Diourbel et Ziguinchor. Mais il n’y a pas eu de propagation du virus en prison avec l’érection des zones d’isolement qui dédiées aux nouveaux arrivants placés sous mandat de dépôt. Il est à préciser que tous nos covid-19 ont été traités dans les centres de l’administration pénitentiaire.  

Elhadji Ibrahima THIAM

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