Vers une ‘’migration circulaire’’

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Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, était, du jeudi au vendredi derniers, à Dakar, dans le cadre d’une visite officielle. Deux accords de coopération ont été, à la clé, signés ; des accords de crédit en réalité qui portent sur 50 et 15 millions d’euros, et qui permettront ‘’de financer un projet de gestion de déchets solides à Dakar et un projet d’irrigation au Sahel’’, selon les propres termes du visiteur espagnol qui se livrait au jeu du point de presse conjoint avec le président Macky Sall.
Derrière les bonnes intentions économiques, la préoccupation claire du Premier ministre espagnol était celle liée à la question migratoire : 70 000 Sénégalais résident déjà, légalement, en Espagne. Auxquels s’ajoutent chaque jour des centaines d’illégaux, dans le flux continu de l’émigration du désespoir que ni les politiques laxistes des pays pourvoyeurs d’émigrés ni celles hermétiques et répressives des pays ­‘’hôtes’’ ne réussissent à contenir.
Sans doute, autant à Madrid qu’à Dakar, a-t-on perçu que seule la symbiose des politiques volontaristes et déterminées des deux pôles, réussira à produire les objectifs désirés. Soulignant la volonté de son pays à coopérer plus efficacement avec le Sénégal, grand pourvoyeur d’immigrés en Afrique de l’Ouest, Pedro Sanchez a annoncé la signature d’une déclaration en matière de lutte contre l’immigration clandestine ainsi que deux mémorandums d’entente sur la question.
Un des mémorandums, solennellement annoncés, porte sur la gestion des flux migratoires pour encourager et renforcer l’’’immigration circulaire’’ ; un concept plus ou moins récent, structuré dans sa conception, pragmatique dans son application : il permet à des Sénégalais d’aller travailler, à des saisons déterminées, en Espagne et de revenir au pays au terme de la période fixée.
Ainsi, chaque année, et de façon rotative et saisonnière, ces immigrés d’un genre nouveau pourront combler les besoins espagnols en termes de main-d’œuvre et satisfaire ainsi à leurs propres besoins économiques sans pour autant alimenter une présence permanente sur le territoire espagnol. Dans cette perspective, les Sénégalais en instance de rapatriement du territoire espagnol seront prioritaires, selon le Premier ministre espagnol qui rappelle, au passage, que sa politique migratoire est basée sur la prévention et le retour. Une prévention qui constitue le substrat de la coopération institutionnelle entre les deux pays, mais aussi dans la coopération économique. L’agriculture, l’environnement, l’hôtellerie, pour ne citer que ceux-là, sont les champs d’expression d’une relation qui entend créer de la richesse, mais aussi de la solidarité et de l’humanité.
Mais cela n’est peut-être que la face la plus regardable de la médaille : l’on sait que l’archipel espagnol des Canaries fait face, depuis 2020, à un afflux important de migrants qui partent de l’Afrique de l’Ouest et notamment du Sénégal ; l’offre d’une migration temporaire dite ‘’circulaire’’ ne serait-elle que de la poudre de perlimpinpin jetée aux yeux des  gouvernants sénégalais pour faire mieux passer la pilule de la reprise  des  vols de rapatriement de migrants clandestins, conduits sans ménagement ?
Ce dernier sujet est en tout cas évoqué par les officiels espagnols, sans que l’on en connaisse ni le calendrier ni les modalités.
Mais les autorités sénégalaises ont opté pour ne voir que le bon côté des choses ; cette ‘’migration circulaire’’ sera peut-être la panacée au mal migratoire et aux tragédies individuelles que souvent, il induit, sans parler du drame national qu’il constitue. Une sorte de catharsis politique qui transformerait ce mal bilatéral en expression salutaire de coopération. Macky Sall a d’ores et déjà indiqué qu’il a mis en place une task force ‘’pour sélectionner des jeunes pour aller travailler durant une période’’ en Espagne et revenir après coup, saluant, de fait ce véritable ‘’tournant’’ que pourrait constituer cette ‘’migration circulaire’’ pour les deux pays et pour tous ces destins, qui presque quotidiennement, vont se briser sur les ressacs des vagues de la Méditerranée, à la recherche d’un mieux-être…
La visite du Premier ministre espagnol aura démontré une chose : que le combat contre la migration clandestine ne saurait se faire dans l’isolement des politiques nationales et sans des actions concrètes de concertation, de rapprochement, de solidarité et de fraternisation. L’installation à Dakar d’une Chambre de commerce espagnol et l’ouverture prochaine d’un Institut culturel Cervantès, le premier en Afrique subsaharienne, sont indéniablement des marques de cette lucidité nouvelle ; elles viennent élargir le spectre des investissements pluridisciplinaires de l’Espagne au Sénégal et alimenter la mécanique conceptuelle à retenir du flux migratoire. C’est un bon début.

CHRONIQUE PAR PHILIPPE D’ALMEIDA

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