En Russie, les «crimes contre l’histoire» se multiplient, dénonce la FIDH

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La Fédération Internationale des Droits de l’Homme a publié ce jeudi 10 juin un rapport Intitulé « Crimes contre l’histoire ». Ce document de 80 pages recense les attaques systématiques menées par le régime russe contre les historiens, les universitaires, les journalistes ou les ONG, soit tous ceux qui osent contredire l’histoire officielle. Une version présentée par le pouvoir comme étant la seule valable, et qui concerne surtout la Seconde Guerre mondiale. Tout un arsenal législatif est d’ailleurs en place pour punir les récits qui dérangent Moscou.

Le rapport de la FIDH répertorie « de manière exhaustive les actes répressifs » visant historiens, militants et journalistes. Dans le collimateur des autorités, leur travail critique sur l’histoire russe dans sa version officielle, portée aujourd’hui par le Kremlin.

« Ce discours se concentre sur les victoires de la Deuxième Guerre mondiale, explique Ilya Nuzov, le chef du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de la FIDH, qui a conçu et co-rédigé le rapport sur les « Crimes de l’histoire », au micro de Camille Marigaux, du service international de RFI. Les autorités le font exprès parce qu’elles puisent leurs racines dans le passé soviétique. Nous avons à la tête du pays d’anciens officiers du KGB. Et aujourd’hui la Constitution dit que l’État russe est le successeur de l’Union soviétique. Donc le discours officiel dépeint un aspect positif de ce passé soviétique. Conséquence : toute affirmation qui contredit la glorification de l’action de l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale ou qui jette une ombre sur le régime, sur les autorités soviétiques, cette affirmation est considérée comme négative. »

Les autorités russes accentuent aussi leurs pressions contre tous ceux qui critiquent les crimes de Staline. « Toute activité qui vise à identifier les victimes et les bourreaux de la Grande Terreur [août 1937 à novembre 1938, NDLR], cette campagne d’exécution de millions de citoyens russes, eh bien ce genre d’initiative est entravé et limité par l’État », poursuit Ilya Nuzov.

« Criminalisation de la parole »

« L’ampleur de la persécution a déjà atteint un niveau qui permet de la qualifier de “crimes contre l’histoire” », estime le rapport de la FIDH. L’expression désigne « une série d’atteintes extrêmes à l’histoire perpétrées par des régimes autoritaires et totalitaires », précise l’ONG. Selon le rapport, ces répressions passent en Russie par une « criminalisation de la parole », via des dizaines de poursuites judiciaires, mais aussi la censure de travaux historiques et le refus d’ouvrir la plupart des archives des services secrets.

La FIDH cite le cas de l’historien Iouri Dmitriev, de l’ONG Memorial, condamné à 13 ans de prison dans une affaire de « violences sexuelles » dénoncée comme un coup monté destiné à le punir pour ses recherches sur la terreur stalinienne.

Le rapport pointe aussi l’incapacité de Moscou « à fournir des réparations matérielles ou symboliques adéquates aux victimes des crimes de l’ère soviétique ».

En parallèle, la FIDH dénonce l’instauration d’une « propagande d’État » via « l’endoctrinement des écoliers » et des « campagnes de dénigrement » dans les médias publics. Cette propagande crée « un climat d’intolérance et de peur pour les historiens indépendants ». Notamment sur les sujets sensibles comme le pacte germano-soviétique.

Légitimer le maintien de Poutine au pouvoir

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Vladimir Poutine en 2000, le Kremlin défend un retour de la puissance russe en s’appuyant sur une interprétation positive de l’Union soviétique, en particulier la victoire de Moscou contre le nazisme.

Pour l’opposition, cette politique vise à légitimer le maintien au pouvoir de Vladimir Poutine, qui se pose en protecteur de la patrie, tout en minimisant les crimes de l’URSS ou relativisant l’importance du pacte germano-soviétique de 1939 qui déboucha sur le partage de la Pologne et laissa les mains libres aux Nazis en Europe.

La Russie s’est doté d’un arsenal pénal ces dernières années pour punir les « falsifications » de l’Histoire, la diffamation de vétérans ou le fait de faire l’amalgame entre l’URSS et les Nazis.

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