Journalisme à l’ère du numérique : De la nécessité de revenir aux fondamentaux du métier

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Le métier du journalisme au Sénégal est plongé dans une crise, depuis le début des années 2000. Bousculé par les réseaux sociaux, envahi par des non professionnels, il a besoin plus que jamais d’un retour aux fondamentaux pour préserver son avenir à l’ère du numérique. 

Qu’adviendra-t-il de la presse sénégalaise d’ici les dix prochaines années ? Difficile de répondre à cette interrogation, même si le nouveau Code de la presse cherche à mettre de l’ordre dans le secteur et à y asseoir une économie durable. Les dérapages et pratiques peu orthodoxes notés presque au quotidien ne semblent pas rassurer les doyens dans la profession. Ces derniers appellent à un retour aux fondamentaux pour redorer le blason à une profession qui doit inscrire son propos et action dans le respect des règles d’éthique et de déontologie. Au Sénégal, la pratique du journalisme en observation stricte du b.a-ba du métier est devenue problématique à cause de la concurrence des réseaux sociaux et de la profusion des sites d’information. «Les réseaux sociaux font beaucoup de mal à la profession», lance le doyen Martin Faye. Le journaliste de radio pendant plus de 30 ans, présentateur du journal parlé à l’époque de l’Orts, s’exprimait, samedi 12 juin, lors d’un webinaire gratuit pour journaliste, à l’initiative d’Anne Marie Fall, journaliste et Directrice exécutive de l’Institut d’études politiques Léopold Sédar Senghor (Iep) de Dakar. Malmenant les règles de base du journalisme, certains reprennent sans vérification, ajoute-t-il, ce qui est partagé sur ces réseaux sociaux. Ce qui aide à «propager» la rumeur et les Fakes news au grand dam de la profession.

Formateur et initiateur de nombreuses radios à travers le continent africain avec le soutien de la fondation suisse Hirondelle, le doyen Faye n’y va pas avec le dos de la cuillère, le métier est maintenant «caricaturé» et beaucoup de journalistes cèdent à la facilité en se contentant seulement de tendre le micro, sans poser au préalable les bonnes questions pouvant servir le public. Pire, de son point de vue, beaucoup de journalistes ne se documentent plus et la règle des «5W» constituant les questions de base dans le métier apparaissent rarement. C’est le cas aussi de la pyramide inversée qui permet au journaliste de donner très vite l’information aux lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs.

L’ancien animateur-présentateur de l’émission Génies en herbes de la Télévision nationale sénégalaise (Rts) invite les confrères à éviter trois types de journalisme. Il s’agit d’abord du «journaliste cube maggi» qui se rapproche de tous les pouvoirs, ensuite celui dit «douanier» en rapport avec le journalisme facile marqué par l’improvisation et l’absence de préparation. Enfin, le «journaliste Bilélé» qui ne prend pas le temps de vérifier les informations publiées est aussi à bannir, selon Martin Faye.

Le doyen appelle également les hommes et femmes des médias à s’inspirer de la Déclaration des droits et des devoirs des journalistes de Munich de 1971. Quelle que soit l’évolution du secteur, Mamadou Biaye, formateur au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), estime qu’il «faut revenir aux fondamentaux du métier».

L’impératif d’une bonne formation 

La presse sénégalaise fait, aujourd’hui, l’objet de nombreuses critiques. Des récriminations qui portent souvent sur la qualité du contenu et des journalistes. Certaines rédactions préférant verser dans le divertissement et l’information-spectacle, accueillent parfois des agents aux compétences douteuses ou limitées. Ce qui, comme le souligne Sidy Diop, Directeur adjoint des Rédactions au quotidien national «Le Soleil», pose le débat sur la qualité de la formation. Selon lui, «on ne naît pas journaliste, on le devient» à travers la formation. Celle-ci, poursuit-il, pose problème surtout quand il s’agit d’étudiants venant de certaines écoles. M. Diop pense qu’il «faut revoir la formation», car seule une bonne formation permet d’avoir des prérequis permettant d’exercer normalement le métier. Sur le désordre noté dans le milieu, Sidy Diop souligne qu’il a commencé avec l’avènement de la première alternance en 2000. Le gouvernement de l’époque a encouragé la création de nombreux journaux pour faire la concurrence aux organes traditionnels. Ce qui a altéré la qualité du journalisme et a fait émerger des journalistes pas suffisamment formés. À la chute du pouvoir en 2012, les patrons de ces organes ont mis la clé sous le paillasson. D’après le formateur au Cesti-Ucad, les journaux ont disparu et ceux qui y travaillaient ont investi les sites en ligne.

 

Ibrahima BA

LESOLEIL

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