Côte d’Ivoire: à Bruxelles, un départ en toute discrétion pour Laurent Gbagbo

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Il aura fallu attendre ce jeudi 17 juin 2021 pour que l’ancien président Laurent Gbagbo rentre en Côte d’Ivoire, près de dix ans après son transfèrement à la Cour pénale internationale. Son avion a décollé de Bruxelles à 11h47, heure locale.

Ils sont une quinzaine à avoir fait le déplacement à l’aéroport. Drapeaux et foulards de la Côte d’Ivoire en étendard, dans l’espoir de dire au revoir à Laurent Gbagbo. Certains sont venus de France pour ce moment qu’ils qualifient d’« apothéose ». Plusieurs personnalités comme les chanteurs Serge Kassy, François Kency ou Gadji Céli ou encore l’ancien footballeur professionnel Joël Tiéhi, mais finalement ils ne l’auront même pas aperçu. Son avocate, qui l’accompagne dans ce voyage, précise qu’il a été conduit discrètement dans le salon protocolaire en attendant l’embarquement.

Question de sécurité, mais il s’agissait également de ne pas froisser ni incommoder la Belgique. « On marche sur des œufs », confie un membre de son entourage. Un grand sommet Atlantique et les règles anti-Covid auront eu raison des ambitions de rassemblement. Il s’agit d’un acte familial, assure plusieurs de ses proches. « C’est un voyage qui se fait en famille. Il rentre entouré d’une partie des siens », confirme son avocate, Maître Habiba Touré. « C’est une institution, ajoute un analyste politique qui a été très mobilisé notamment durant la procédure à la Cour pénale internationale (CPI). Le retour de Laurent Gbagbo lui appartient. Nous respectons les modalités qu’il aura. »

À Bruxelles, une vie discrète

De l’avis de différents proches, la joie pour lui n’est pas au départ, mais bien à l’arrivée. D’ailleurs, Laurent Gbagbo ne parlera pas à la presse, précise un membre de son entourage. Ni avant son départ, ni dans l’avion malgré les tentatives que ne manqueront pas de faire certains confrères qui se sont glissés dans le vol. Selon un de ses anciens conseillers qui lui a rendu visite quelques jours avant son départ, « l’état d’esprit du président est extrêmement positif, attaché à bien rentrer et de faire comprendre aux gens qu’il vient pour la réconciliation, que tout le monde se mette autour de la table ». Son avocate assure que Laurent Gbagbo est « serein et impatient de rentrer chez lui. Il a hâte de fouler sa terre natale ».

« Sa vie à Bruxelles, c’était le bois à côté de chez lui, la marche. Laurent Gbagbo fait toujours un peu de gymnastique chez lui, il est en forme », raconte encore cet ancien conseiller. Son avocate confirme les sorties hors de sa résidence, dans la discrétion, autant que cela puisse être possible. « Il essayait de se balader, mais ses déplacements étaient assez limités du fait que c’est Laurent Gbagbo. Il ne passe pas incognito », raconte Maître Touré.

Vivant chez sa compagne Nady Bamba, qui fait le voyage retour avec lui, il recevait cependant souvent. « Il voulait écouter le ressenti, les impressions que les gens avaient, les nouvelles du pays, comment les gens percevaient les choses », détaille encore Me Touré. Des proches parfois qu’il n’avait pas revus depuis 2011, des gens de la diaspora, de son parti, mais aussi des responsables politiques. Et puis il y avait la lecture. Un cadre de son parti raconte qu’il n’était pas question de lui offrir autre chose qu’un livre lorsqu’on lui rendait visite.

Un sentiment mitigé pour certains soutiens

Ce départ est un moment de joie pour de nombreux Ivoiriens, mais ce n’est pas une fête pour l’un de ses fidèles, René Titilo, représentant du parti FPI au Benelux. Pour lui, l’histoire de l’ancien président est « dramatique ».

Arrêté le 11 avril 2011, il est plus tard transféré à la CPI. « Kidnappé », renchérit cet analyste politique. Acquitté le 15 janvier 2019, il rejoint sa compagne Nady Bamba à Bruxelles, en février. Ceci se fait dans le cadre de sa mise en liberté conditionnelle, assortie d’obligations : ne pas se déplacer en dehors de la municipalité dans laquelle il réside à moins d’y être expressément autorisé par la Chambre, remettre à la CPI l’ensemble de ses pièces d’identité, se présenter chaque semaine auprès des autorités belges, s’abstenir de toute déclaration publique sur l’affaire, etc. « Il ne pouvait même pas aller chercher une boîte d’allumettes, s’insurge René Titilo. Même en Belgique, il était en prison. » L’avocate de l’ancien président nuance, assurant notamment que la question du pointage hebdomadaire avait été rapidement adaptée, car la logistique et la sécurité, entre autres, étaient compliquées à assurer.

Un sentiment mitigé partagé par cet analyste politique. « Dix ans ont passé, la justice n’a pas fonctionné, estime-t-il. Les conditions minimales de traitement dues à son rang d’ancien chef d’État n’ont pas été respectées. Même à la CPI, il a été traité comme un vulgaire voyou. » Finalement, ce départ est l’aboutissement d’un processus, complète son avocate : « C’est 10 années de combat judiciaire où on a débuté en le présentant comme l’un des pires dictateurs que l’Afrique ait pu connaître. Et au bout de 10 ans, c’est la joie de voir cet homme réhabilité. »

Le 31 mars 2021, la Chambre d’appel de la CPI confirme l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo, ses restrictions de déplacement sont totalement supprimées. Très vite, la question du retour et de son organisation est évoquée. Moins de trois mois plus tard, il s’envole pour Abidjan. Si le président Gbagbo a beaucoup écrit durant son incarcération à La Haye, précise un de ses anciens conseillers, il n’est pas encore temps de publier, assure-t-il. Un nouveau chapitre reste à écrire.

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