Sommet Biden-Poutine: le retour des «lignes rouges» lors d’une rencontre sans surprises

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Ce sommet tranche, en tout cas, avec celui de 2018, lorsque Donald Trump avait rencontré Vladimir Poutine à Helsinki, dit Vincent Souriaunotre envoyé spécial à Genève. L’épisode d’Helsinki avait traumatisé l’appareil d’État américain. À l’époque, on était en pleine accusation d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine, et Donald Trump, contre toute attente, avait désavoué ses propres services de renseignement et pris la défense de Vladimir Poutine. Ce qui sautait aux yeux hier, c’est que l’administration Biden a voulu remettre les compteurs à zéro. D’abord sur la forme : pas de conférence de presse commune. Le Kremlin l’a proposée, mais Washington n’en a pas voulu. On évite l’improvisation, les surprises et les sourires de connivence.

Lignes rouges

Ensuite, sur le fond, il y a les fameuses lignes rouges. Joe Biden l’a répété hier, les droits de l’homme, ils seront toujours sur la table entre les États-Unis et la Russie. Concernant la souveraineté américaine, si les Russes tentent à nouveau de déstabiliser « nos élections », Poutine sait que « je prendrai des mesures », dit Biden. Et les cyberattaques : si elles continuent, « nous riposterons ».

En résumé, la Maison Blanche revient à la normale, à un positionnement clair vis-à-vis de la Russie. Ce n’est pas pour autant synonyme de résultats. On a bien vu, hier, que Vladimir Poutine restait droit dans ses bottes, que ce soit à propos de Navalny ou de sa politique étrangère. Mais les ambassadeurs reviennent et le dialogue reprend d’égal à égal. On a fermé la parenthèse Trump.

La presse russe salue l’atmosphère positive et amicale

Ce matin, la presse russe salue l’atmosphère positive et amicale de cette première rencontre entre les deux hommes, dit notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot. Deux points sont mis en avant par les journaux russes : le retour des ambassadeurs à leur poste respectif et l’annonce de négociations sur le contrôle des armes nucléaires. Le quotidien Vedomosti souligne d’ailleurs l’une des phrases issues du communiqué commun publié sur le site du Kremlin : « Aujourd’hui, nous réaffirmons le principe selon lequel il ne peut y avoir de vainqueur d’une guerre nucléaire ». Cette formule, relève Vedomosti, avait déjà été utilisée en 1985 à l’issue du sommet de Genève entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

Mikhaïl Gorbatchev qui a lui-même été interrogé hier soir par l’agence Interfax et qui a estimé « encourageants » les résultats de ce sommet. « Ces entretiens sont un premier pas vers la stabilité stratégique », a ainsi déclaré l’ancien dirigeant soviétique. Ce dialogue sur le contrôle des armes débutera prochainement donc, mais aucune date n’a été fixée. Quant au retour des ambassadeurs, il devrait se faire d’ici à la fin du mois, selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Ryabkov, interrogé par les agences russes.

Les désaccords restent profonds…

Christophe Cloutier-Roy, chercheur à l’Observatoire sur les États-unis auprès de l’université du Québec à Montréal

En résumé, la tonalité ce matin, à Moscou, est plutôt positive, mais sans grand enthousiasme. « Nous revenons cinq ans en arrière, lorsque le Parti démocrate américain a décidé d’imputer à la Russie sa défaite humiliante face à Trump », écrit le quotidien populaire Moskovski Komsomolets. « Nous avons perdu cinq ans, conclut le journal, mais l’important est que nous mettions fin à cette spirale négative entre nous et les Américains ».

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