Tontines tabaski à Diourbel : Les coffres du festin

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Les dépenses « somptuaires » lors de la fête de Tabaski obligent certaines femmes à recourir à certaines astuces. Parmi celles-ci, les tontines, initiées depuis quelques années par des femmes de Diourbel, à travers les Associations villageoises d’épargne et de crédit (Avec), sortent de l’ordinaire.

DIOURBEL – Dans une ambiance bon enfant, des femmes du sous quartier DembaWélé de Diourbel comptent leurs billets de banque mis dans deux calebasses. Mbène, Astou et Seynabou, détentrices des clés du coffre-fort créé à cet effet, sont très concentrées sur cet exercice. Certaines sont assises sur des chaises identifiées au nom de leur association « Mbotaay Mère Sarr », d’autres sur des nattes installées dans la cour de la maison de la présidente, Rokhaya Sarr. « Nous sommes à notre quatrième expérience. Chaque année, à l’approche de la Tabaski, nous, les membres de l’Association villageoise d’épargne et de crédit (Avec) « Mbotayou Mère Sarr », nous réunissons pour faire le dispatching des épargnes. Nous sommes 54 femmes et les sommes que nous allons empocher à l’issue de la distribution varient entre 75.000 et 320.000 FCfa», explique la présidente.

De la Cité ouvrière en passant par Séssene Laobé à Khojil, Pikine dans le quartier Keur Cheikh au Camp des gardes sur la route de Gossas, on est en pleine effervescence dans les concessions des « mérou Mbotaay », responsables des associations de femmes. En pleine discussion avec ses quatre filles, toutes des élèves, cette veuve, qui souhaite garder l’anonymat, dit participer à trois tontines. Elle s’arrange pour que la« cagnotte » coïncide avec la Tabaski. C’est ainsi qu’elle a réussi à subvenir aux besoins de sa famille depuis le décès de son mari en 2016.

A Keur Goumack, la famille Sène préfère organiser une tontine familiale. Et ils sont une trentaine à empocher chacun plus de 100.000 FCfa au moment du partage.

Soulager le mari

Dans la commune de Tocky Gare, les femmes d’un village, situé à l’Est de Diourbel, se sont donné rendez-vous à quelques jours de la Tabaski pour faire le dispatching de leurs épargnes et le tirage de la tontine. La Secrétaire générale, Fatima Sarr, renseigne qu’elles ont déjà fait leur simulation de décompte afin de s’assurer que tout le monde est en règle. « J’ai plus de 2,5 millions de FCfa à distribuer aux 23 membres de notre regroupement selon leur participation individuelle. C’est des cotisations qui varient entre 1000 et 5000 FCfa que nous collections tous les vendredis soir pendant 12 mois. L’objectif est d’épauler nos maris ou de prendre en charge les besoins de nos familles à l’occasion de la fête de Tabaski », confie Mme Sarr qui, cumulativement, gère une tontine comptant six personnes (200.000 FCfa après chaque tirage).

Des couacs, il en existe également. Dans le sous quartier Hydrobase de Thierno Kandji, des femmes en ont fait l’amère expérience. Une dame, gestionnaire d’une tontine, aurait détourné 7,3 millions de FCfa. A en croire des membres de son groupement, elles devaient faire le dispatching le 10 juillet dernier. Mais, « elle nous a dit qu’il y a eu un début d’incendie dans sa chambre et l’argent a été emporté par les flammes », raconte l’une d’entre elles, non sans soutenir que la dame leur assurait que l’argent était bien gardé dans une banque. Une plainte a été déposée au nom des 46 femmes de cette association.

Les sous sont bien gardés

Toutes les femmes de Diourbel, s’activant dans les associations villageoises de crédit et d’épargne, la connaissent. Anta Ndiaye Cissé, surnommé « Mère Avec » est à leur service depuis la fin de sa formation à l’Ecole nationale des travailleurs sociaux spécialisés (Entss) en 2003. « En cette veille de Tabaski, j’ai un calendrier très chargé. Je fais, tous les jours, de 10h à 22h, le tour des quartiers pour assister les femmes. Cette année, pour gagner du temps, j’avais convoqué toutes les gérantes à une rencontre de pré-décompte », dit-elle, assise au milieu de la cour de sa maison, sise au quartier Keur Goumack. Âgée de 47 ans, Anta Ndiaye, taille moyenne, teint noir, est chef du service départemental du développement communautaire de Gossas. Elle s’est construit une belle réputation. Revenant sur ses motivations, « Mère Avec », qui travaille avec plus de 5000 femmes réparties dans 115 associations de la commune de Diourbel, dit avoir constaté que les femmes déploraient le taux d’intérêt élevé des banques. « Cette année, j’ai assisté au partage de plus de 70 associations. Les montants varient entre deux et 14 millions de FCfa. C’est plus de 100 millions de FCfa », révèle Anta Ndiaye. Expliquant le modus operandi, elle rassure que c’est un système fiable. « Il faut fabriquer un coffre-fort en fer avec trois clés différentes et mettre en place un bureau. Celle qui garde le coffre-fort ne doit avoir aucun lien de parenté ou d’amitié avec les trois autres qui ont les clés. Il y a aussi des secrétaires qui gèrent le registre où sont consignées toutes les informations ». Sans rémunération, Mme Cissé trouve son bonheur dans les témoignages des femmes qui lui manifestent leur satisfaction.

Les talibés vident la tirelire

La célébration de l’Aïd el-kebir est un moment de communion de toute une communauté de foi. Les talibés, pensionnaires des écoles coraniques, ne sont pas en reste. Parmi eux, ceux qui mendient ou s’activent dans de petits boulots, ont trouvé le moyen de se faire quelques économies pour pleinement vivre la Tabaski.

La fête de la Tabaski est la période de vacances pour la plupart des talibés dans le Baol. C’est pourquoi, tout au long de l’année, ils thésaurisent pour préparer ce moment de retrouvailles avec leurs familles. « Je vais déterrer mon « coffre-fort » et faire le décompte », soutient A. Sakho, sébile en plastique à la main. Il est l’heure d’aller mendier pour le repas de midi. A. Sakho, 14 ans, en profite pour se rendre dans le bâtiment en chantier où il cache sa tirelire artisanal non loin de son école coranique. Avec une brique creuse verticalement placée dans un trou à l’angle d’une des chambres, le lutin avait minutieusement gardé son butin. A l’aide d’une clé qu’il porte autour de son cou comme un talisman, il ouvre son « coffre-fort ». Après plus d’une dizaine de minutes de décompte des pièces, il se retrouve avec 47.750 FCfa. Objectif atteint. Le sourire aux lèvres, le talibé a déjà un « plan » : « je dois garder 15.000 FCfa que je donnerai à ma mère une fois chez moi. Avec le reste, je vais m’acheter des habits et des chaussures et payer mon transport ».

Contrairement à A. Sakho, d’autres talibés confient leurs « économies » aux boutiquiers. C’est le cas de Mbacké, jeune talibé gardant son trésor à la boutique de Baba au centre-ville. D’autres apprenants, plus âgés, s’activent dans le marché pour se faire un peu d’argent. Ils déchargent des légumes et les acheminent vers les différents revendeurs moyennant 100 FCfa par commission. « J’ai presque terminé mon cursus donc le marabout me permet maintenant de faire certains travaux pour subvenir à mes besoins. Chaque matin, je viens au marché et je gagne plus de 1500 FCfa entre cinq heures et huit heures du matin avec le charriot que je loue pour transporter les sacs de légumes », indique Aliou Seck. Âgé de 20 ans, il doit se rendre d’abord à Thiès chez son oncle, ensuite à Koungueul chez sa maman pour la fête de l’Aïd el-kebir. « Contrairement à l’année dernière où j’avais épargné 55.500 FCfa, je pense en avoir le triple cette fois-ci parce qu’avec le charriot, j’arrive à épargner 1000 FCfa contre 200 FCfa l’année dernière. Cette somme me permettra de donner quelque chose à ma mère, à mon oncle et me prendre en charge à l’occasion de la fête », se réjouit-il, en attendant son retour après la Tabaski pour redémarrer sa thésaurisation au même titre que les femmes dans les différents quartiers et villages de Diourbel. On ne change une méthode qui marche.

Diène NGOM (Correspondant)

LESOLEIL

 

 

 

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