JOURNÉE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT – Repenser le programme zéro déchet et le programme Cent mille logements pour la sauvegarde de nos écosystèmes !

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La journée mondiale de l’environnement a été instituée  en 1972 lors de l’ouverture de la conférence des Nations -Unies sur l’environnement à Stockholm.

Hébergée alternativement  dans une ville, elle est célébrée le 5 Juin de chaque année, également avec une exposition internationale durant la semaine. Le focus  fait sur le pays hôte  contribue à mettre  en évidence les défis environnementaux  auxquels celui-ci est confronté et chaque pays  est invité à initier des efforts pour y remédier, l’objectif étant d’œuvrer pour le bien être de la Terre.

L’initiative peut être locale, individuelle ou collective.

Quatre raisons justifient cette célébration :

·       Donner un visage humain aux problèmes environnementaux.

·       Amener les peuples à devenir les agents actifs du développement durable et équitable.

·       Promouvoir la compréhension du fait que les communautés sont incontournables dans les changements  d’attitude en ce qui concerne  les problèmes environnementaux ;

·       Défendre le partenariat qui assurera à toutes les nations et les peuples  un futur plus sûr et plus prospère.

Pour l’année 2021 le thème porte sur la « Restauration des écosystèmes, ensemble».

Le pays hébergeur  est le Pakistan.

Nous avons choisi  ce moment de mobilisation de l’opinion pour relever  les limites de   quelques politiques publiques mises en œuvre au Sénégal.

  1. Programme Zéro Déchet

Dans sa volonté de promouvoir l’hygiène publique le gouvernement du Sénégal a mis en place une nouvelle stratégie de gestion des déchets  autour du programme zéro déchet. Ainsi d’énormes efforts sont notés à travers la collecte et le transport des déchets vers une destination appelée « décharge ». Selon  les zones il existe plusieurs formes de gestion des  déchets. L’élément commun à ces formes de gestion des déchets : aucun traitement.

·       La « décharge »  met en présence des déchets de nature diverse (matières faiblement ou rapidement biodégradables, matières plastiques, métaux, verres et céramiques) et des populations mixtes de microorganismes endogènes (qui proviennent des déchets, de l’atmosphère environnante ou du sous-sol de la décharge). L’hétérogénéité, la présence de matières biodégradables et l’influence des paramètres externes, tels que la pluviométrie et la température, sont à l’origine de processus chimiques, physiques et biologiques s’influençant réciproquement et engendrant des flux de gaz et de liquides.

Les liquides issus d’une décharge sont communément appelés lixiviats. Les gaz, quant à eux, sont qualifiés de biogaz. Les microorganismes étant responsables de la plupart des modifications des propriétés physico-chimiques des lixiviats et du biogaz. Les flux entrant dans cette décharge correspondent à l’entrée d’eau ainsi qu’à l’apport de déchets durant le déversement des déchets. L’eau, élément ayant la plus grande influence sur l’évolution des déchets, est issue de trois sources principales : le ruissellement arrivant à la décharge, les précipitations, l’eau constitutive des déchets.

Les lixiviats ou liquides de percolation de la décharge sont chargées bactériologique ment et surtout chimiquement de substances tant minérales qu’organiques. Ils peuvent se mélanger aux eaux de surface comme aux eaux souterraines et donc constituer un élément polluant tant par leur aspect quantitatif que qualitatif (éléments éco toxicologiques). L’eau traversant la couche de déchets va se charger en substances polluantes telles que la matière organique soluble résultant de l’activité biologique de la décharge, des constituants inorganiques comme les métaux lourds  et des germes qui peuvent être dangereux pour la santé et l’environnement. Il est difficile de prévoir avec précision la composition des lixiviats car elle dépend de la nature des déchets, du volume des précipitations, ainsi que du stade de dégradation atteint. Le plus grand risque lié à la production de lixiviats est la contamination de la nappe phréatique. Cela aurait pour conséquence de polluer les puits d’eau de consommation et donc de priver la population d’un élément vital à sa survie. Signalons également que la pollution des réserves d’eau potable par des micro-organismes pathogènes est susceptible de provoquer des épidémies.

En ce qui concerne le biogaz, sa composition en molécules majeures (méthane, gaz carbonique, oxygène et azote) est très variable et dépend notamment de l’âge de la décharge et de la composition des déchets. Outre ces composants majeurs, le biogaz véhicule également une multitude de substances organiques. La nature de ces produits est très variée. L’origine de ces substances est également très variée: d’une part les processus particuliers de dégradation biologique et/ou chimique de certains déchets et d’autre part le largage de gaz provenant de la mise en décharge de déchets les contenant. Leur part dans la production de biogaz est faible et leurs proportions relatives sont très variables. Toutefois, il est important de noter que plusieurs de ces composés sont relativement nocifs. Globalement, les risques liés au biogaz peuvent être séparés entre risques pour les humains (toxicité des substances, asphyxie pour les populations riveraines, explosion du méthane, incendies) et risques de pollution de l’atmosphère (les gaz majeurs sont des gaz à effet de serre).

L’impact  des déchets  déversés dans la nature : sur toute l’étendue du territoire nous assistons impuissant à la prolifération de dépôts d’ordure dans l’indifférence totale des autorités aussi bien locales que centrales. Ces dépôts   d’ordures ont pour impact :

·       la Prolifération des rongeurs et des insectes : les déchets, avant fermentation, constituent la nourriture principale des rats agents directs ou indirects de propagation de graves maladies. Ils sont aussi des pôles d’attraction pour les mouches et autres insectes, vecteurs passifs de germes et de virus.

·       l’émanation de gaz toxiques, d’odeurs nauséabondes et de germes qui prolifèrent dans les poussières d’ordures.

·       la pollution des ressources en eau : les déchets risquent de contaminer les nappes d’eau souterraines, les eaux superficielles, puisqu’ils sont déposés sur des terrains non aménagés. Des germes pathogènes et des métaux lourds peuvent alors atteindre la nappe phréatique par infiltration du lixiviat, ou les eaux superficielles par écoulement des eaux de pluie contaminée.

·       la dégradation du paysage (pollution visuelle) : les paysages urbains perdent leur esthétique à cause des déchets stockés  de façon anarchique.

·       le  risque d’incendies : les déchets sont souvent facilement inflammables, ils peuvent s’enflammer par combustion spontanée, quand ils sont mis en tas sans précaution, avec production de fumées malodorantes.

Les différents procédés d’élimination des déchets peuvent aussi  être générateurs d’émissions polluantes spécifiques : dans certaines contrées, des pratiques originales de gestion des déchets sont notées : il s’agit de l’incinération, de l’enfouissement ou du rejet dans les cours d’eau. Chacune de ces  pratiques  produit des impacts de nature à dégrader notre environnement.

·       L’incinération des déchets : Beaucoup de collectivités font appel à cette pratique  sans en mesurer les conséquences. La combustion des déchets et des gaz qu’ils génèrent émet des oxydes de carbone, d’azote, de soufre, des acides, des poussières, des composés organiques volatils et des organohalogénés.

Ces substances émises en concentrations variables selon les procédés d’incinération et de traitement de fumées mis en œuvre, sont diffusées dans l’environnement, où elles se mélangent à celles émises par d’autres sources ; les substances spécifiques à l’incinération des déchets, susceptibles d’avoir un impact sanitaire sur les populations.

Le trichloréthane (effets systémiques divers),

Le benzène (cancérigène),

Le cadmium (effet rénal),

Le nickel (cancérigène).

Quant aux rejets liquides des unités d’incinération, ils sont susceptibles de contenir des résidus de métaux lourds, parmi lesquels le mercure et le nickel sont des toxiques spécifiques.

·       L’enfouissement : des ménages, des structures hospitalières,  procèdent à l’enfouissement de leurs déchets. Or cette méthode de gestion des ordures  peut  être à l’origine de la contamination des sols et des eaux souterraines ; les lixiviats en s’infiltrant dans le sous-sol entrainent une forte dégradation des eaux souterraines.

·       le rejet dans les cours d’eau : A plusieurs reprises  des alertes sont formulées  pour dénoncer le fait de transformer nos eaux de surfaces en dépotoirs (cas de la Falémé à cause des exploitants miniers). Les déchets solides et liquides déversés dans les cours d’eaux sont susceptibles de contenir des substances métalliques oxydées ou réduites, des composés organiques halogénés et des traces de solvants et de pesticides, dont les effets toxiques connus ne semblent pouvoir affecter que les organismes aquatiques directement exposés aux rejets.

D’où la nécessité d’une stricte surveillance vis-à- vis de certaines pratiques en cours (exploitation minière, branchements dits clandestins de certaines industries  mauvaises pratiques agricoles …).

Au total Le programme « Zéro déchet  »  doit avoir  un contenu plus ambitieux (prise en compte et traitement  des déchets à l’état gazeux,  liquide et solide) en vue d’apporter une réponse structurelle à l’aspiration de nos populations à vivre dans un écosystème plus sain, à travers une véritable promotion de l’hygiène publique. L’accès à un environnement sain est élevé au rang de dignité humaine. Cela est confirmé dans notre constitution qui reconnait à chaque citoyen le droit à un environnement sain.

  1. Programme cent mille logements : une menace sur la ressource sablière et sur les écosystèmes.

Dans sa volonté d’assurer un accès au logement à un nombre important de ses citoyens, le Gouvernement du Sénégal a mis en place un programme dit programme cent mille logements.

Dans sa conception, ce programme se réalise avec  comme matériaux du sable  entre autre. Combien de m3 de sables faut-il pour cent mille logements ? Quel sera l’impact du prélèvement d’une telle quantité de sable ? A-t-on pris en compte l’impact  des autres prélèvements de sables dans la lutte contre les inondations ? Dans la construction des routes par exemple ? Les nombreuses excavations résultant de l’exploitation minière ?

Beaucoup de produits sont issus du sable ou de ses minéraux. Le sable est devenu l’une des ressources naturelles les plus utilisées au monde, derrière l’air et l’eau. La raréfaction de la ressource sablière met particulièrement en péril la faune et flore océanique.  A l’instar du pétrole et du gaz, le sable est une ressource non renouvelable. L’extraction du sable des rivières, provoque des crues, des inondations, et de la pollution. Les promoteurs se rabattent  sur l’extraction du sable marin, malgré ses impacts néfastes. En effet, le corail et la nourriture première de la chaîne alimentaire marine sont détruites ; la faune marine se retrouve sans abri et sans alimentation ; l’écosystème marin vacille et perd son équilibre si précieux.

Les constructions humaines provoquent un déséquilibre géant aggravant l’érosion naturelle. Car le sable des plages ne vient pas de la plage elle-même ; il se crée à l’origine du cours d’eau, de sa source puis se façonne le long de la rivière pour se jeter dans la mer et s’étendre sur les côtes. Mais en construisant des barrages sur les fleuves et les rivières, le cycle de création du sable est bloqué. En s’accumulant derrière le barrage, le sable ne peut donc plus réalimenter les plages. Or, il ne faut pas oublier que le sable nous sert lui-même de barrage contre la mer. Si rien n’est entrepris, et si la mer monte d’un mètre seulement, comme  annoncé, près de 100 millions de personnes  pourraient être affectées.

C’est dans ce contexte qu’intervient le programme cent mille logements qui va accentuer la pression sur le prélèvement de sable (si  nous y ajoutons les prélèvements de sable pour la construction des routes, les  pertes de terres avec l’exploitation minière) qui à son tour va déconstruire l’écosystème et  rendre vulnérables les populations  face à des risques multiformes.

Une construction durable doit tenir compte  de ses impacts sur les écosystèmes .Cela est possible si la réflexion s’oriente vers la recherche de techniques et de technologies  innovantes compatibles avec les exigences  vitales des écosystèmes.

La célébration de la journée mondiale de l’environnement est un moment où nous devons évaluer notre rapport avec la nature. Il est temps que nous comprenions que notre destin est intimement lié à la santé de la  nature,  à celle des  écosystémes.L’irruption fréquente  des épidémies, la récurrence des catastrophes multiformes  et la désolation qui s’en suit, découlent  pour l’essentiel de  nos rapports conflictuels  avec notre écosystème, avec notre environnement.L’heure de la réconciliation a sonné et sonne encore !

Cette réconciliation pour qu’elle soit sincère, dépendra  directement des stratégies  de développement durable  mises en œuvre, seules garantes de l’habitabilité à long terme  de l’écosystème  dans sa globalité.

Il est temps de ré-imaginer notre relation avec la nature et de placer celle-ci  au cœur de nos décisions.

Abdou Sané

Géographe –Environnementaliste.

Président de l’Association Africaine pour la Promotion de la Réduction des Risques de Catastrophe.

Email: abdousanegnanthio@gmail.com

Téléphone: +221701059618(watshap).

Dakar, Sénégal.

 

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